On aime… Mademoiselle K et on l’interview

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Raconte nous un peu ton parcours.

A huit ans, j’ai commencé la guitare classique. J’ai fait toutes mes classes au Conservatoire du XIIIème à Paris et j’y ai passé ce qu’on appelle « Le Prix » c’est le dernier échelon du conservatoire.
J’ai fait de la musicologie à La Sorbonne où  j’ai obtenu une licence. Ça c’est pour le parcours académique.
Quand j’étais ado, pendant deux ans, j’ai aussi fait pas mal de piano mais mon premier instrument c’est vraiment la guitare et plus récemment la basse. Au lycée j’ai également beaucoup pratiqué la batterie à la pause déj en salle de musique. J’adorais ça ! Du coup je suis très exigeante avec mes batteurs. Je me suis souvent sentie plus instrumentiste que chanteuse. Mais que je joue ou que je chante, avec ou sans technique, ce qui est sûr, c’est que je m’efforce avant tout de faire de la musique.
Enfin, j’ai écrit mes premiers poèmes à 15 ans et chanté mes premiers textes à 20. Il y a le moment où le texte n’est fait que pour être écrit et celui où il est fait pour être chanté. Ce sont deux processus assez différents.

 

Tu signes ton retour en Anglais, peux-tu nous expliquer ce choix ?

Ça faisait longtemps que j’en avais envie, j’ai toujours trouvé cette langue sexy. Envie de changer mes habitudes aussi, de m’essayer à d’autres sonorités, de changer les difficultés. Ça me travaillait pas mal mais je savais qu’il fallait penser dans la langue pour le faire bien, et que ça demande du temps.
Je suis partie quelques mois à New York puis quelques mois à Londres pour changer d’air et perfectionner mon anglais. Les langues et leur sonorité m’ont toujours fasciné. Je suis d’origine Polonaise, j’ai donc la double culture et ai grandi avec deux langues. Penser dans une autre langue voir même deux en même temps n’est donc pas nouveau pour moi. Je donne toujours autant d’importance au texte quand j’écris, mais je suis consciente que ça peut aussi avoir l’avantage de donner plus d’importance à la musique pour ceux qui ne comprendraient pas l’anglais.

 

Ecrire en anglais, ça n’a pas été trop dur ?

En français ou en anglais, les deux sont durs même si ce n’est pas pour les mêmes raisons. La langue n’est que la forme, c’est le fond le plus dur à extirper.

 

Tu n’as pas peur que certaines personnes de ton public ne te suivent pas à cause de ce changement de langue ?

Bien sûr que j’ai peur mais ce n’est pas la première « voix »que j’écoute quand j’écris ou compose. Ce qui me guide avant tout c’est l’instinct et l’envie. Il y a quelque temps je suis tombée sur le commentaire de quelqu’un qui parlait de « jalouse »: « Un de ses titres les plus mélodieux et primaires à la fois, avec un texte sincère. » Voilà ça c’est moi, en tout cas c’est ce que je m’efforce au mieux de faire. Ma démarche est la même en anglais. Et si la chanson est bonne, aucun doute qu’elle fera le même effet. 

 

Tu es actuellement en tournée, peux-tu en dire un peu plus ?

Je précise que ceci est une pré-tournée. On y joue le futur album, pour l’instant pas terminé. J’ai voulu à nouveau jouer dans des clubs plus petits donc plus près des gens, plus rock avec un rapport plus épidermique. On kiffe ça et on adore rentrer chez nous complètement courbaturés et vidés d’avoir tout donné !
On est désormais trois sur scène, comme sur l’album. Colin Russeil à la batterie, Peter Combard mon alter ego à la guitare électrique, basse et mellotron et moi à la basse et guitare électrique.
Revenir à quelque chose de plus épuré et essentiel c’était, c’est, mon obsession. Au cours de mes différents séjours et errances à travers le monde, on m’a souvent demandé qui j’étais et ce que je faisais comme musique, l’occasion pour moi de me recentrer sur mon identité musicale.
J’ai beau aimer des styles très différents comme la soul, le blues, le classique post-romantisme, baroque, quatuors, symphonies, opéra etc… Quand je joue de la guitare ou de la basse, quand je chante, mon identité c’est le rock. C’est le genre, la famille où je me sens le mieux, ma musique rédemptrice à moi. Et le trio, le cadre parfait pour chercher ce qu’on peut faire comme maximum avec un minimum.

 

Peux-tu nous parler de ton clip « Glory » ?

Le 1er clip que je fais avec mes propres sous. On l’a tourné dans un squat à Berlin où habite la styliste qui nous a habillés Peter et moi, Vava Dudu. Le réal c’est Colin Solal Cardo, assisté de Colin Johnco et avec « Jalouse » ce fût une de mes expériences de clip les plus intenses, parce qu’on avait tous la même envie et que pendant trois jours on a pratiquement pas dormi ! Rencontrer des personnes qui ont envie comme toi, c’est génial. Tu bosses dix fois mieux qu’avec des gars qui savent que de toute façon bien ou pas bien, ils auront leur chèque au bout. Ce n’est pas de tout repos, nerveusement fatigant mais très gratifiant de travailler dans le danger et sans savoir de quoi le lendemain sera fait car plus de compte à rendre à une maison de disques.

 

Ta chanson « Jalouse » a été reprise il y a peu dans l’émission « The Voice », tu en as pensé quoi ?

Quand on reprend ton titre ça veut dire quelque chose , ça veut dire que tu as fait une chanson forte et qui en quelque sorte ne t’appartient plus. Donc ça me touche grave ! C’est juste dommage que souvent les chanteuses pensent plus à donner de la voix qu’à nous livrer leur propre interprétation, leur vision personnelle. L’interprétation ça se travaille au moins autant que la voix si ce n’est plus.

 

Tes bons plans et tes bonnes adresses ?

Le Candelaria, 52 Rue de Saintonge dans le IIIème à Paris : très bons cocktails et guacamole.

Robert et Louise, 64 Rue Vieille du Temple IIIème : côte de boeuf au feu de bois qui déchire. 

-Le Général Beuret, 9 Place du Général Beuret XVème. Très bonne tartes maison et bonne musique.

 

Si tu devais nous citer un parfum, un homme, une femme, une ville, un objet et une devise ?

Un parfum : Son cou.

Un homme : Nelson Mandela.

Une femme : Elisabeth Badinter.

Une ville : New York. Pour moi c’est LA ville qui te dit: « Tout est possible, ne cesse jamais de rêver et travaille ! ».

Un objet : mon poing américain.

Une devise : « Aide-toi et le ciel t’aidera ».

 

Où trouves-tu l’inspiration pour écrire tes textes et composer les mélodies ?

De l’inconfort, des montagnes russes, des errances, du manque, de l’amour, du manque d’amour, du danger. 

 

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton futur album ?

Ne le prenez pas mal mais… non. Pour la première fois je n’ai pas envie d’en dire plus. Je voudrais garder un peu de ce mystère qu’est une chanson, malgré sa simplicité apparente. Je m’efforce tellement, parfois des mois durant, d’écrire au plus juste que ce serait dommage de l’expliquer là en deux minutes maladroitement.

 

Tu étais très engagée pour la cause du « mariage pour tous », tu peux nous en dire plus ?

L’égalité des droits est une question qui me tient beaucoup à coeur. Je pense que les homos ont les mêmes droits que les hétéros et n’ont pas à être traités comme des citoyens de seconde zone. Ca me révolte autant que le racisme et l’antisémitisme. Je suis également pour l’adoption et pour la PMA. D’une manière générale toute forme d’intolérance me donne envie de vomir.

 

Tes coups de cœur musicaux du moment ?

Rover, Alt-J, The XX, Arctic Monkeys, The Pheromoans, Soft Location.

 

Parmi tes titres y’en a t’il un qui te marque plus et pourquoi ?

« Le Final ». Parce que c’est la musique qui parle en premier, parce que les questions que j’y pose en tant qu’artiste autant qu’être humain sont essentielles. Parce que c’est LE morceau de fin de concert, l’ostie qui me met en communion avec les gens et qui à sa manière m’apporte la paix.

 

Quelle rencontre professionnelle t’a marquée ?

Ma prof d’option musique au lycée : Annick Chartreux.
Brillante pianiste, compositeur, pédagogue. Une vraie passionnée qui donne tout et ne lâche jamais rien. Elle est un peu comme une seconde mère pour moi.

 

Quel est ton regard sur l’industrie actuelle du disque ?

Je pense que beaucoup de maisons de disques sont avant tout attirées par ce qu’elles connaissent déjà et les directeurs artistiques, peu enclins à prendre des risques. On attend des artistes qu’ils se renouvellent et en même temps ça chie dans son froc au moindre changement, prise de position. Avant de faire ce nouvel album j’étais en crise. Je me suis vue devenir l’image Mademoiselle K : la fille qui fait du rock en français. Trois cases: « Fille », « Rock », « Français ». Pour EMI, nouvellement devenue Parlophone, qui était ma maison de disques, le simple fait de passer à l’anglais a changé toute la donne. Ils avaient fait tout un travail basé sur ces 3 éléments donc pour eux, il fallait tout retravailler et le faire différemment car la langue avait changé. C’est un effort qu’ils n’ont pas été prêts à faire. Thierry Chassagne, le nouveau boss de Parlophone n’a même pas voulu écouter ce que j’avais à proposer. Le directeur marketing m’a dit texto : « Thierry pense que c’est une erreur cet album en anglais. Il ne veut même pas entendre parler de ces nouveaux titres tellement il pense que tu vas perdre ton public. »  Je trouve ça honteux qu’il ait même pas écouté. C’est pas pro, il a pas fait son boulot.
Tout cela s’est passé en septembre dernier à mon retour de Londres. Ils m’ont demandé où j’en étais et je leur ai dit que tout l’album serait en anglais. Ils m’ont répondu que si au moins la moitié de l’album n’était pas en français ça ne les intéressait pas. Ca a signé la fin de notre collaboration.
Ça faisait des mois que je sentais un peu le truc venir mais cette annonce ça m’a fendue en deux. J’étais seule au monde.
Mais quand ta maison de disques te vire non pas pour des raisons artistiques mais pour des raisons de marketing et de formatage à deux balles, tu te dis que décidément il y avait un gros problème et que finallement c’est bien qu’ils t’aient viré parce de toute façon ils ne t’écoutaient même plus. Bref je suis libre. Fauchée mais libre (Rires) Et ça c’est très rock n roll !

 

Quels sont tes projets et envies ?

Finir l’album, le faire voyager, faire une musique de film, un énorme festival cet été type Eurockéennes ou  Vieilles Charrues, j’adorerais. Puis tabasser Monsanto avec mon poing américain, descendre ma rue en snowboard une caïpirinha de maracujà à la main, changer mes fenêtres en vitraux, serrer la main de David Bowie, élever des abeilles…

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